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CQFD N°009


Chronique de guerre

Droit d’asile noyé inondé

Mis à jour le :15 février 2004. Auteur : Jean-Philippe Turpin.


Effet de serre, fonte des glaces, eau qui monte : on prédit que le Bengladesh sera le premier pays noyé sous les flots du réchauffement climatique. Charriés par les torrents de boue, défigurés par l’eau dévastatrice, les paysages n’y sont jamais définitifs, obligeant sans cesse à reconstruire la mémoire des lieux. Depuis 1947, date de sa création, c’est sur un sol mouvant que s’y construisent les relations humaines. Le sol qui s’affaisse à chaque tempête semble maintenir les hommes dans une insécurité permanente, entraînant une violence infinie.

Au cours du seul mois de février 2002, 280 personnes sont mortes au Bengladesh pour des raisons politiques : corruption, collusion entre crime organisé et milieux politiques, conflits entre groupes religieux, non-reconnaissance des minorités comme les tribus chakmas, qui vivaient dans les Chittagong Hill Tracts dans l’est du Bengladesh, et qui subirent durant de nombreuses années un génocide silencieux. Comme les précédents, le gouvernement actuel, alliance de conservateurs et d’islamistes, n’a jamais su enrayer ce fléau, l’attisant même en faisant de l’islam la seule religion reconnue.

Un militant du Bengladesh à Paris dans la dèche

C’est dans ce contexte que Hossain Nur s’initie à la politique, au sein du Parti nationaliste du Bengladesh (PNB) où militait déjà son père. Bien que cette formation ne soit pas un modèle d’émancipation, elle permet à Hossain de participer au mouvement étudiant et de se lancer dans des actions sociales. De fil en aiguille, il devient un candidat crédible au poste de maire de sa ville. Du coup, il commence à faire de l’ombre au député du coin, secrétaire général de la ligue Awami. Celle-ci tire gloire d’avoir fourni au Bengladesh son premier président-dictateur, Mujibur Rahman, après que le pays eut pris congé du Pakistan en 1971. Rahman a dirigé le pays d’une poigne de fer jusqu’en 1975, date de son exécution. La ligue Awami semble vouloir perpétuer les pratiques de son ancien héros, comme a pu le constater Hossein Nur. Le jour où le député concurrent apprend que ce dernier est candidat officiel au poste de maire, sa maison est mise à sac par deux fois, ainsi que son entreprise. Il se retrouve harcelé par la police au prétexte d’une affaire montée de toutes pièces. Sa sœur est obligée de s’exiler, son frère est jeté en prison. La candidature de Hossein passe aux oubliettes, mais pas ses ennuis. Les persécutions pleuvent sur les militants du PNB : maisons incendiées, descentes de police, pillages. Hossein s’enfuit de son pays et gagne la France en avril 2000.

S’il était arrivé en France aujourd’hui, par exemple au centre des étrangers rue d’Aubervilliers à Paris, il n’aurait certainement pas fait partie des trente personnes admises dans les locaux préfectoraux pour retirer un formulaire de demande d’asile. Il aurait, comme les autres, attendu le lendemain, puis le surlendemain, puis le jour suivant…. Jusqu’à ce qu’il comprenne le mécanisme et revienne à 4 heures du matin pour être le premier devant la grille. S’il était arrivé en France aujourd’hui, Hossein aurait pris conscience que le désir de faire carrière en politique peut conduire un homme à dormir sur les trottoirs de Paris.

Jean-Philippe Turpin

Publié dans le n°9 de CQFD, février 2004.






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