Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°032
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°032


DU GRAND AIR

CPE : ÇA PÈTE OU ÇA CASSE !

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Gilles Lucas.

Vendredi 10 mars. Après une semaine de blocages et d’occupation de leur faculté, entre fatigue, colère, actions, débats, lucidité face à un prévisible durcissement de la mobilisation comme de la répression…, deux étudiants aixois nous parlent du mouvement anti-CPE en cours. Entretien.

CQFD : Les étudiants d’Aix occupent la fac depuis maintenant plus d’une semaine. Comment ça a commencé ?

Caroline : Mercredi, on a décidé de faire des barrages filtrants. On avait quelques tracts, mais surtout on a discuté avec ceux qui arrivaient à la fac. L’initiative est partie de groupes politiques déjà organisés, mais rapidement il y a eu beaucoup d’inorganisés. Beaucoup de gens ont rejoint la mobilisation lors de ce premier blocage. Les conversations étaient très ouvertes, avec à la fois une conscience de la gravité des mesures gouvernementales et une envie de bouger, de ne plus se laisser faire.
Martin : Les profs n’ont pas participé à ce blocage. Mais dans l’ensemble, quand on est passé dans les amphis pour informer sur le CPE, ils ont été conciliants. Ils ont même parfois contribué à ce qu’on disait.C : Il y a une grande méfiance vis-à-vis de l’UNEF. En 2003, ils avaient freiné le mouvement.
M : Et puis, on est un certain nombre à avoir lu la « fiche interne de l’UNEF » [1]. Dans le mouvement actuel, ils sont derrière. Ce qui est assez drôle, c’est que pour rester présents, ces jeunes du PS tiennent des propos radicaux en appelant notamment à la grève générale…

Mais qu’est-ce que vous avez donc contre le Contrat Première Embauche ? Avant, vous ne saviez pas ce qu’allait être votre futur, maintenant vous le savez !

M : Le CPE, c’est la destruction des droits du travail, même si le salariat n’est pas une solution. Avec le CPE, il n’y aura plus moyen d’avoir des revendications, de se syndiquer.
C : On nous dit que le CPE est mieux que le chômage. Ça légitime la précarité. On se bat aussi contre le CNE et la loi sur l’égalité des chances. Et puis, se battre d’abord contre le CPE, c’est aussi parce qu’on avait besoin de se retrouver et de se réunir autour de quelque chose qui touche tout le monde, même si on sait que la précarité existe déjà partout avec ou sans le CPE-CNE. Au début, le plus important était de bloquer la fac. Maintenant, il y a une volonté d’élargir la mobilisation, de sortir. On est allé tracter dans les lycées techniques, on va aller dans des ANPE et voir des salariés.

Comment êtes-vous organisés ?

C : Il y a une commission de coordination qui reprend ce qui s’est dit dans les AG. Des gens sont mandatés, notamment pour les coordinations nationales. Mais leur mandat est temporaire avec l’exigence d’un roulement : à chaque fois, ce ne sont pas les mêmes personnes. Toutes les organisations politiques ou syndicales ont dû accepter ce mode de fonctionnement.
M : Il y a des propositions, et notamment des propositions d’actions qui sont faites en AG. Elles sont votées. Puis les commissions se réunissent pour voir pratiquement comment faire. Et il y a un va-et- vient entre les commissions et les AG. Tout reste toujours ouvert.
C : C’est le cas pour ce matin. On avait de l’argent à sortir pour payer les cars qui nous ont amenés à la manif du 7 mars à Marseille. Après quelques repérages, on est allé bloquer un péage d’autoroute. Ça a très bien marché, on a épongé notre dette.
M : Hier soir, on est parti en manif, étudiants, lycéens, profs, IATOS, dans le centre d’Aix. Les slogans étaient : « À ceux qui veulent précariser les jeunes, les jeunes répondent : résistance !  ». Mais surtout : « Grève générale ». C’est surtout ça qu’il y a dans la tête des gens, et c’est cette idée, cette envie qui se développe dans les AG. On espère tous que les salariés vont descendre dans la rue, parce que ce n’est pas seulement une lutte de la jeunesse. Devant la mairie, il y a eu une bousculade avec quelques flics. On avait tous le sentiment que ça pouvait dégénérer d’un instant à l’autre. En fait, il y a une espèce de lassitude par rapport à ce qui se passe dans la société, on voit bien que toutes les mesures contre les gens passent sans arrêt, en force.
C : On entend beaucoup dire que les manifs ne servent à rien. On sait qu’on va à l’affrontement. On s’y attend. On s’y prépare.
M : C’est sûr qu’on va se confronter aux forces de police. Mais on a tous l’envie d’actions radicales parce qu’on sait qu’il n’y a que ça à faire.

propos recueillis par Gilles Lucas

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.


[1] Extraits… : « Le président de séance : le mieux c’est que ce soit la personne de l’UNEF… Pour aider le camarade qui tient la présidence, il faut absolument un ou deux cadres qui soient chargés de gérer la salle, faire intervenir les camarades pour que l’UNEF ou des proches UNEF interviennent dans notre sens… Les AG doivent débattre du CPE et pas de toutes les réformes gouvernementales ou du bonheur sur la terre… Si certains s’amusent à taper sur l’UNEF, il faut en appeler à l’unité pour le retrait du CPE…  »





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |