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CQFD N°032


CHIRAC, ROUSSIN, TIBERI, PASQUA…

STOP L’IMPUNITÉ

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Olivier Cyran.

Il y a tout juste dix ans, on apprenait que les HLM de Paris ne servaient pas seulement à loger les copains de la mairie mais aussi à financer le RPR. Dans une vidéo, un porte-valise racontait notamment avoir remis 5 millions de francs en liquide à Michel Roussin et Jacques Chirac. Aujourd’hui, l’affaire des HLM de Paris passe enfin en procès. Sur le banc des accusés, une cinquantaine de lampistes et de sous-patrons du BTP, mais pas de Roussin ni de Chirac. Dans un livre coup de gueule [1], le journaliste Sébastien Fontenelle exprime le dégoût que lui inspirent ces « impunités françaises ». Jugeant que ses enquêtes revenaient à pisser dans un violon, il jette aujourd’hui l’éponge pour se consacrer à… la décroissance. Rencontre.

CQFD : « On ne dira jamais assez les ravages du sentiment d’impunité pour une minorité de voyous », a dit Sarkozy récemment. Ton livre lui donne raison : de Balkany à Chirac en passant par Tiberi ou Pasqua, les ravages de l’impunité sont spectaculaires. Que faudrait-il pour que ça change ?

Sébastien Fontenelle : Il suffit de compter jusqu’à trois ! Un : on a aujourd’hui un ministre, Renaud Donnedieu de Vabres, qui est l’un des rares politiques à avoir été condamné pour blanchiment [2]. Il n’a pas jeté un caillou sur un car de keufs, hein ? Il a blanchi de l’argent sale. Deux : quand des outrecuidants ont osé murmurer que Sarkozy avait un peu manqué de tact en promettant de taper sur la « racaille » des banlieues, il a répondu que pas du tout, qu’il n’avait fait que répondre à une brave petite dame qui lui demandait : « Quand c’est qu’vous nous débarrassez de cett’racaille (des banlieues) ?  » Par conséquent, trois : si nous voulons vraiment que ça change, nous devons tous écrire à Sarkozy pour lui demander quand il va se décider à nous débarrasser de la racaille qui détourne l’argent public et blanchit des pots-de-vin.

Dans ton livre, tu cites de larges extraits d’un manuscrit posthume de Chantal Pacary, qui arrosait de dessous-de-table plusieurs partis politiques français. Huit ans après, cette affaire n’a toujours pas été jugée. Pourquoi avoir effacé le nom des personnalités qu’elle a mises en cause ? Et puisqu’on est entre nous, peux-tu nous dire maintenant de qui il s’agit ?

Naan, je ne peux pas. Sinon vous et moi on n’aura pas assez de notre vie pour payer les dommages et intérêts que nous demanderont ces braves gens. Un manuscrit ne fait pas une preuve, surtout quand son auteur est décédé. Les carnets de Chantal Pacary dorment depuis des années dans les tiroirs d’un grand éditeur parisien et je serais surpris qu’ils en sortent un jour.

100 millions d’euros, c’est le montant des sommes détournées dans l’affaire des marchés publics d’Île-de-France, dans laquelle les responsables politiques impliqués ont tous été blanchis par la justice.

J’ai calculé qu’avec cet argent, on pourrait à la fois sauver la vie des deux millions d’enfants qui meurent chaque année dans le monde faute de vaccins et doubler les revenus de 17 000 Rmistes pendant un an. Ça fait réfléchir, hein ? Et encore, ces 100 millions d’euros ne représentent qu’une infime partie de l’argent de la corruption. Pour mémoire, dans la seule affaire des frégates de Taïwan, il était question de 2,5 milliards de francs de pots-de-vin. Il est vrai que c’est une paille, n’est-ce-pas, par rapport au scandale des fonctionnaires surpayés, comme ils disent dans Le Point

Sarkozy vient d’élaborer un projet de loi prévoyant que les délinquants en herbe soient détectés en maternelle dès l’âge de trois ans. De quoi tuer dans l’oeuf la corruption des cols-blancs, ne crois-tu pas ?

Voui, mais je trouve la droite un peu molle sur ce coup-là : pourquoi trois ans seulement ? Le vrai courage serait d’envoyer la BAC dans les crèches et les maternités ! Surtout celles des quartiers pauvres, n’est-ce pas, puisqu’il est établi que les HLM sont des foyers de malversations politico-financières…

La presse a ardemment défendu la liberté d’expression ces dernières semaines. D’après ton expérience, qu’en est-il de cette liberté pour un journaliste d’investigation spécialisé dans les « affaires » ?

Si je puis me permettre, la bonne question serait : « Qu’en est-il de cette liberté ? » tout court. Et j’ai un peu de mal à te répondre, parce qu’à chaque fois que j’en parle, soit je hurle de rage, soit je pouffe, en fonction de mon humeur. Là, ta question me donne envie de balancer quatre cents pages énervées. Alors je vais prendre un exemple, minuscule mais révélateur. Pour illustrer la « quatrième de couverture » de mon bouquin, mon éditeur voulait utiliser la photo officielle de Chirac, celle de Bettina Rheims, l’artiste subversive. Quand on a demandé cette photo à la Documentation française, qui en détient les droits, un de ses responsables nous a répondu par mail : « Ce portrait ne peut être utilisé que pour illustrer la fonction officielle du Président. Je ne puis malheureusement accéder à votre demande et vous fournir ce portrait pour l’ouvrage Impunités françaises, car l’utilisation prévue ne correspond pas à notre mission et à notre engagement auprès de la Présidence de la République.  » Je n’en tire pas de grandes leçons, mais des fois, la nuit, je me réveille en sursaut parce que j’ai fait un cauchemar, toujours le même, dans lequel j’habite un pays où il est plus difficile de s’attaquer à Chirac qu’à Mahomet. Un pays où les journalistes sont nommés par un marchand d’armes et un ministre de l’Intérieur, comme sur Europe 1, propriété de Lagardère, où un poste au service politique a été pourvu après consultation de Sarkozy. La liberté d’expression ?… Un tout petit exemple encore. À Charlie Hebdo, on a expliqué à mon éditeur qu’on ne parlerait pas de mon bouquin parce que, je cite, « à Charlie on ne touche pas au PS ». Quelques jours plus tard, le directeur du journal, Philippe Val, cosignait avec BHL le déjà célèbre « manifeste des douze » pour « la liberté d’expression ». Je le relis plusieurs fois par jour, parce que les occasions de se marrer ne sont pas si nombreuses…

Propos recueillis par Olivier Cyran

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.


[1] Impunités françaises, de Sébastien Fontenelle (éd. Privé, 2006).

[2] L’actuel ministre de la Culture a été condamné le 14 février 2004 à 15 000 euros d’amende pour blanchiment d’argent dans le cadre du financement occulte de l’ancien Parti républicain.





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