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CQFD N°032


AXE DU BIEN II, LE RETOUR

BOUM L’IRAK, RE-BOUM L’IRAN

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Mathieu Bouchard.

Depuis dix ans, les néo-conservateurs américains rêvent de bombarder Téhéran. Le rapport de forces engagé par le président iranien Ahmadinejad autour du nucléaire pourrait bien leur fournir un prétexte en or pour passer à la pratique. En attendant, la machine de propagande US tourne déjà à plein régime.

APRÈS L’IRAK, BUSH va-t-il remettre ça avec l’Iran ? Au vu des remarquables succès remportés en ses terres irakiennes, l’hypothèse peut paraître extravagante. Ne serait-ce que pour de basses raisons financières : selon un rapport du Congrès, les États-Unis auraient claqué 251 milliards de dollars dans les combats en Irak et continueraient d’y dépenser en moyenne six milliards par mois. Pas évident de doubler la mise, même pour la première puissance du monde. Ce n’est pourtant pas l’envie qui lui manque. Le 5 mars, suite aux fulminations nucléaires du président Ahmadinejad, l’ambassadeur américain à l’ONU, John Bolton, bombe le torse : « Les États-Unis sont prêts à utiliser tous les outils à leur disposition pour faire face à la menace globale que constitue le régime iranien. » Et ce n’est pas pour rire. Bombe atomique ou pas, ça fait longtemps que les faucons rêvent d’en découdre avec les mollahs. En 1996, trois futurs conseillers de George Bush - Richard Perle, Douglas Feith et David Wurmser - préconisaient déjà l’invasion de l’Irak mais aussi, dans la foulée, celle de l’Iran. Intitulé Rupture nette : une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume (sic), leur programme ébauchait les dogmes qui fondent l’actuelle politique étrangère des États-Unis. Les menaces de la Maison Blanche ne sont donc pas à prendre à la légère, d’autant qu’elles coïncident avec une intensification de sa propagande.

Début mars, le département d’État a ainsi créé un bureau spécial chargé de « promouvoir une transition démocratique » en Iran. Quand Washington parle de démocratiser un pays, ce n’est jamais bon signe. Deux semaines plus tôt, la secrétaire d’État Condoleeza Rice réclamait du Congrès une rallonge immédiate de 75 millions de dollars pour amplifier la propagande en territoire ennemi. Ces fonds iraient essentiellement à Radio Farda et à la chaîne de télévision Voice of America, dont les programmes en persan arrosent jour et nuit les Iraniens (lire CQFD n°22). Il permettrait aussi de développer des sites Internet et de soutenir les mouvements d’opposition au régime iranien, via le National Endowment for Democracy (NED), une « ONG » fondée par Reagan. Alimentée par un budget public, cette officine s’est notamment illustrée par sa vibrante promotion des valeurs texanes en Serbie, en Ukraine, en Géorgie et au Vénézuela. À observer les progrès de la com’ US au Moyen-Orient, on s’aperçoit que ses modes opératoires ressemblent comme un copié-collé aux mécanismes de propagande répertoriés par l’historienne belge Anne Morelli [1]. Sur la base d’un diagnostic établi après la Première Guerre mondiale par un diplomate du Foreign Office, Arthur Ponsonby, elle a établi les dix commandements d’un bourrage de crânes efficace.
1) Nous ne voulons pas la guerre.
2) Le camp adverse est seul responsable de la guerre.
3) L’ennemi a le visage du diable.
4) Les buts réels de la guerre doivent être masqués sous de nobles causes.
5) L’ennemi provoque sciemment des atrocités, nous commettons des bavures involontaires.
6) Nous subissons très peu de pertes,les pertes de l’ennemi sont énormes.
7) Notre cause a un caractère sacré.
8) Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause.
9) L’ennemi utilise des armes non autorisées.
10) Ceux qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres.

Lors de la guerre d’Irak, l’opinion américaine fut abreuvée de ces préceptes. Aujourd’hui, on les retrouve à propos de l’Iran, y compris dans les médias européens ou sous la patte des politiques français. « En matière nucléaire, le deux poids-deux mesures est la règle. On peut (et on doit) refuser à un Iran menaçant et à un Pakistan ambigu la coopération qu’on accorde à une Inde qui se veut facteur de paix  », estime Patrick Sabatier dans Libération (03/03/06). Moralité, ce ne sont pas les USA qui « menacent » mais l’Iran (commandement n°2). « Adolf Hitler est ressuscité, écrit pour sa part le député UMP Pierre Lellouche dans Le Figaro (12/01/06). Plus exactement, il s’est réincarné, après sa mort dans les ruines de Berlin, sous les traits d’un obscur terroriste iranien, petit et chétif comme lui […] La différence entre Hitler et Ahmadinejad est que le premier a échoué, là où le second est en train de réussir : accéder à la bombe atomique. » (commandement n°3). Toujours dans Le Figaro (12/01/06), son comparse Bernard Debré s’émeut de ces femmes iraniennes victimes de persécutions. Pas un mot en revanche sur la condition de la femme en Arabie Saoudite, marché de Total, Thalès et Dassault. Pas un mot non plus sur le pétrole iranien convoité par Total ni sur les systèmes de défense qui, là-bas, échappent encore aux Français (commandement n°4), etc…

Bien sûr, ces actes de propagande sont largement facilités par le régime iranien lui-même, détestable à bien des égards. N’empêche que sans un conditionnement de l’opinion, il serait difficile de lui vendre une guerre contre un pays qui ne menace personne d’invasion et dont les penchants militaristes ressemblent fort à ceux de ses ennemis. Dans un livre publié l’année dernière aux États-Unis [2],le journaliste américain James Bamford constate : « La seule nation à posséder près de 200 bombes atomiques, c’est Israël, et nous venons pleurer parce que l’Iran a peut-être violé l’accord qu’il avait signé avec l’AIEA. Israël ne l’a même pas signé, ce traité. Nous nous plaignons de ce que les inspecteurs de l’ONU n’ont pas pleinement accès à tout ce que fait l’Iran, mais Israël ne les laisse pas du tout entrer. C’est vraiment deux poids, deux mesures. » Mais bon, comme dit Libération, « le deux poids-deux mesures est la règle  »…

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.


[1] Anne Morelli, Principes élémentaires de la propagande de guerre, utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède (éditions Labor, Bruxelles, 2001).

[2] Kristina Borjesson, Feet to the fire, the media after 9/11 (Prometheus Books, New York, 2005).





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