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CQFD N°032


INCINÉRATEUR DE DÉCHETS : MARSEILLE-SUR-MER, FOS-SOUS-MERDE

COMMENT RECYCLER CES ORDURES ?

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Nicolas Arraitz, Théodore Vassilev.

Les déchets, une fatalité ? Les politiques voudraient bien nous le faire croire, car il y a du blé à la clé. Déjà sinistré par plusieurs industries polluantes, Fos-sur-Mer se bat contre l’implantation d’un incinérateur censé résorber les ordures de Marseille. Barrages, manifs, fausse alerte à la bombe sur un site Seveso, guerre de projets contradictoires… Pour y voir plus clair, CQFD a dû plonger en eaux troubles.

« TOUT ÇA FINIRA EN BARRICADES, moi je vous le dis.  » C’est René Raimondi, maire de Fos, qui le dit. « C’est clair, c’est net, ça ne peut pas finir autrement. Parce qu’ils vont tous s’entêter. Que ce soit le préfet qui ne veut pas se déjuger et qui continue à appliquer ses directives parisiennes. Ou Gaudin qui se dit “ah, si je lâche là-dessus, je vais avoir l’image de celui qui a lâché face à Guérini [président socialiste du conseil général des Bouches-du-Rhône]”. Et voilà : chacun s’entête sur des positions de principe et non sur un raisonnement logique.  » Un incinérateur ? Fos n’avait pas besoin de ça. L’air déjà irrespirable, le mythe du progrès qui bat de l’aile, le mépris de la puissante communauté urbaine de Marseille imposant ses ordures à son petit voisin… La pilule ne passe pas. « Ça va mal finir, poursuit Raimondi. Aujourd’hui, on a des populations qui sont très remontées, des populations qui ont souffert de trop de choses… On est reçu systématiquement par des brigades armées, ça devient de la folie. » L’homme se montre combatif et ambitieux. « Ça me donne envie de gravir quelques marches supplémentaires, en tant qu’élu, pour aller porter la bonne parole un peu plus haut. Oui, parce que j’ai beau crier fort, ça n’arrive pas très loin. » Il y a à peine quarante ans, Fos était une bourgade perchée sur un rocher au milieu des salines, à quelques encablures de Marseille, et sa bucolique allée des pins, réputée dans toute la région. La population, une centaine de familles, vivait principalement de l’exploitation des salines et de la pêche. En 1972, Solac installe un énorme complexe sidérurgique sur le territoire de la commune. Pour permettre le passage des convois exceptionnels transportant les éléments de l’usine, on met à mal l’allée des pins. La côte est défigurée à jamais. On tente par la suite de minimiser la laideur du site en médiatisant un élan affectif pour le monstre industriel. On organise des visites pour les enfants des écoles, pour les retraités, des programmes d’échanges parrainés par l’UNESCO et des stars du petit écran. La commune laisse ensuite s’implanter une cimenterie Lafarge. Au nom du plein emploi, personne n’y voit rien à redire. Aujourd’hui, un centre de stockage de GDF est en cours de réalisation. On voit la forêt de grues depuis la route. Avec l’industrialisation, la population a décuplé, les problèmes respiratoires aussi. Les alertes à la contamination deviennent fréquentes. En 2003, on en parle à l’Assemblée nationale. Roselyne Bachelot promet que dorénavant tout ira mieux. En 2006, deux plans Stern (pollution de l’air) sont déclenchés. Lot de consolation : les habitants ne paient plus la taxe d’habitation, la taxe professionnelle des entreprises couvrant largement les frais de gestion de la commune. Mais la population est révoltée à l’idée de devoir avaler aussi le parfum des ordures de Marseille. « J’ai de plus en plus de mal à accepter de vivre dans une parodie de démocratie, dans une parodie de république, s ’emp o r t e Raimondi. Je ne m’en rendais pas compte en restant à la maison, mais depuis que je suis maire, je commence véritablement à y voir clair.  »

Alors, incinération ou tri ? La foire d’empoigne politique qu’occasionne le problème du traitement des déchets de la communauté urbaine de Marseille menace d’éclipser les vraies questions. Autour de Marseille, personne ne veut de l’incinérateur chez lui. Pas dans mon jardin ! Les opposants de Fos, eux, ne se contentent pas de dire non, ils proposent des alternatives. Mais personne n’écoute. Et l’immense décharge d’Entressen est montrée du doigt par l’Europe. D’où le besoin impérieux de faire paraître dans un journal gratuit, le 31 janvier 2006, une publicité pleine page assenant : « Entressen, la plus grande décharge d’Europe à ciel ouvert, il faut la fermer.  » Un éclair de lucidité ? Pas un brin ! Le commanditaire n’est autre que Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, président de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), vice-président de l’UMP, vice-président du Sénat, président de la commission des affaires étrangères du Sénat… Il entend convaincre ses administrés du bien-fondé de l’installation de l’incinérateur chez leurs voisins de Fos. Truffée de contre-vérités, la susmentionnée réclame mériterait un procès, selon l’universitaire Jean Reynaud (voir C’EST BON POUR LA CROISSANCE !). Au même moment, le conseil général lance un plan départemental de gestion des déchets excluant cette solution. D’un côté la grosse Bertha de la crémation ordurière, autorisée par le préfet le 14 janvier 2006, de l’autre un plan du CG questionnant son utilité, voté le 30 janvier 2006, et que le préfet menace de poursuivre devant les tribunaux. « Aujourd’hui, on nous fait un incinérateur à 300 millions d’euros pour traiter 300 000 tonnes, questionne le maire de Fos. Et pour le reste du département, qu’est-ce qu’on fait ? On ne peut pas dire, comme le préfet, qu’il faut absolument un incinérateur et ne traiter que 300 000 tonnes. Qu’est-ce qu’on fait des 1 700 000 tonnes restantes ? On recycle, on méthanise, etc. Exactement ce que propose le plan du CG. Mais alors, si ça marche pour les 1 700 000 tonnes départementales, pourquoi pas pour les 300000 de MPM ? C’est in-co-hé-rent ! Y a pas de fil conducteur, là-dedans ! »

La bataille fait rage. Les maires de la communauté de communes Ouest-Provence (qui regroupe Fos-sur-Mer, Grans, Port-Saint-Louis, Cornillon-Confoux, Istres et Miramas), limitrophe du projet, et le conseil général à dominante socialiste, cherchent à contre-carrer les desseins du grand manitou de la Ville de Marseille. Car « ce qui a manqué dans ce dossier, c’est le dialogue. Zéro concertation, ni avec les élus, ni avec la population  », constate Raimondi. Le 15 janvier 2006, un référendum est organisé sur les communes d’Istres, Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis. Avec 52 % de participation (bien plus que pour les scrutins nationaux), 22 000 personnes sont venues dire, à 98 %, leur refus de l’incinérateur. « Sans aucune valeur légale », rétorque Jean-Claude Gaudin, fort de ses multiples mandats républicains. Les opposants se demandent comment « aller dire après aux gens qu’il est important de voter, alors qu’aujourd’hui leurs suffrages sont floués  ». Mais les élus locaux ne s’en laisseront pas conter. Ouest- Provence interdit toute nouvelle implantation industrielle sur son territoire. Le préfet contredit, attaque la décision devant le tribunal administratif (TA). Le 1er mars, rendu du TA en faveur du préfet, et donc de la Ville de Marseille. « Pas grave  », grogne le maire de Fos. « C’était couru, le tribunal allait suivre le préfet en première instance, mais nous irons en appel et là, c’est pas pareil. Ce sera du sérieux, la cour d’appel est tenue responsable de ses décisions, c’est elle qui crée la jurisprudence  ». Même si l’incinérateur venait à s’imposer, Fos ne se laissera pas faire. Car « il y a un lobbying fort des constructeurs, des financiers. Ils sont derrière et appuient très fort là où il faut, dans les ministères, pour dire : “Hé, les gars, faites gaffe, ne laissez pas partir l’incinérateur de Fos, parce que sinon on n’en fera plus nulle part”. Je pense que le fond du problème, il est là et nulle part ailleurs. Quand vous analysez, deux millions de tonnes au total et 300 000 tonnes incinérées, on ne comprend pas. Ou alors, on fait des incinérateurs dans tout le département pour traiter les autres 1 700 000 tonnes.  » Selon l’article 90 de la loi de finances initiale pour 2006, une commune qui accepte de brûler les déchets de communes voisines est en droit de prélever une taxe. « Trois euros par tonne entrante  », décrète la commune rebelle. Avec les 300 000 tonnes par an programmées, cela fera un joli pactole, et René Raimondi promet que l’intégralité sera investie dans un observatoire indépendant, « sur quatre roues, s’il le faut  », pour traquer la moindre irrégularité dans le fonctionnement de l’incinérateur contesté. Et, pour avoir une cimenterie Lafarge et une aciérie Solac sur son territoire, il est bien placé pour savoir que cela va fatalement arriver. « C’est une installation d’un autre monde que l’on veut nous fourguer, il faut arrêter ça, d’autres solutions existent, appliquons-les. »

Le 28 février, René Raimondi a pris la parole devant le conseil municipal de Marignane (présidé par Daniel Simonpieri, maire ex-FN et allié de Gaudin sur ce coup-là) : « Qu’une collectivité, la MPM, décide d’installer une usine d’incinération de ses propres déchets sur le territoire d’une autre collectivité constitue selon moi un acte d’ingérence inqualifiable, d’autant que ses élus y sont fermement opposés.  » Il ajoute : « Des lois de la République aussi importantes que la loi de décentralisation sont bafouées lorsque les élus locaux, qui pourtant ont compétence en matière d’aménagement du territoire, sont dépossédés de leurs prérogatives. » 700 000 tonnes sont vomies annuellement par l’agglomération marseillaise et ses environs. Le calcul est vite fait : 300 millions d’euros pour la construction des fours, plus les infrastructures pour l’acheminement par train, plus la facturation à la tonne entrante aux collectivités… De l’activité en perspective. De l’activité, des bénéfices, mais peu d’emplois. Selon le correspondant régional de WWF, Victor Hugo Espinoza, l’option de tri généralisé en générerait dix fois plus. Voilà un argument de poids : il faut faire bosser les gens. « Les CRS ? C’est pas que ça ne me fait pas peur mais, très honnêtement, s’il n’y a que ça pour faire reculer le système… Je trouve dommageable de devoir en arriver là  », vaticine Raimondi. « Le jour où il y aura un blessé grave, ça va mal se passer. J’ai un film à la maison de la manif à Marseille [lors du conseil municipal de début décembre 2005]. Un adjoint d’Istres prend un coup sur la nuque et on entend la matraque résonner. Le gars, à un centimètre près, il restait sur le carreau. Si c’est ça qu’on veut en France, faire taire les élus pour pouvoir faire ce qu’on a envie, ça s’appelle pas une république, ça s’appelle une tyrannie. C’est dramatique, mais ça va mal se finir. »

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.

Lire également C’EST BON POUR LA CROISSANCE ! et ANTHOLOGIE SANS LENDEMAIN parus dans le même numéro.






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COMMENT RECYCLER CES ORDURES ?
Charles Valot dit Victor Chorg | 1er juillet 2006 |

Voilà je m’appelle Victor Chorg, je suis artiste ultracontemporain (oui je sais ça énerve mais comme je suis né chez ces ultrasauvages -selon Gauguin- de Marquisiens j’ai bien le droit de me faire ma discrimination bien positive à moi) et en janvier dernier j’ai envoyé à M Jean-Claude Gaudin un courrier lui proposant une expo d’art mural avec un grand mur fait en cans de récup (soda) le représentant très propagande avec une bulle (de BD pas de soda) disant « Tri sélectif je kif ». Il m’a répondu transmettre tout ça à son adjoint à la culture lequel m’a envoyé un courrier me renvoyant vers la voie (de garage) des concours architecturaux.

N’étant pas un spécialiste de l’art mural (graff) mais de l’art ultracontemporain je m’étais immiscé là-dedans avec mon oeuvre installation baptisée « Tas d’Ordures » (dont je parlais dans mon courrier de janvier).

Par conséquent les 1500 à 2000 tonnes d’ordures à Marseille fin juin sont forcément en lien avec mon oeuvre « Tas d’Ordures » et je l’ai clairement revendiqué dans un courrier adressé le 28 juin à M Jean-Claude Gaudin (avec un timbre « un grand merci » de l’artiste Ben) sans prendre à ma charge la désinstallation de cette oeuvre comme cela est d’usage entre gens civilisés (il ne faut pas exagérer vu que le vernissage s’est fait sans moi, tandis que vous vous avez été vernis).

Voilà je tenais à vous le faire savoir pour que vous puissiez vous même le faire savoir (d’autant que la première ville française où j’ai mis les pieds au retour de Polynésie est Marseille, voici quelques lustres).

Victor Chorg

 

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