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CQFD N°032



C’EST BON POUR LA CROISSANCE !

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Théodore Vassilev.


La loi de 1992 sur l’élimination des ordures ménagères stipule qu’à partir du 1er juillet 2002 les décharges ne seraient autorisées à accueillir que des « déchets ultimes ». D’après la loi, un déchet est ultime s’il ne peut être davantage réduit selon les critères techniques et économiques en vigueur. En clair, la technique reste quand même soumise à l’impératif de rentabilité. Les « bordilles », pour devenir ultimes, doivent donc être réduites. Pour cela, trois options sont envisageables, mais seules deux voies de « valorisation » nous sont proposées par les politiques. L’une passe par l’incinération : c’est la valorisation thermique. L’autre passe par le tri, le recyclage, le compostage et la méthanisation : c’est la valorisation mécanique.

Avec la crémation, on récupére de l’énergie mais on produit surtout des rejets toxiques. Ce procédé rejette des polychlorodibenzo-paradioxines (PCDD) et des polychlorodibenzofuranes (PCDF), regroupés sous le terme générique de « dioxines », mais aussi des métaux lourds comme le cadmium, le plomb, le mercure. Tous ces éléments sont connus pour leurs effets sexy sur l’organisme : lésions rénales, lésions osseuses, saturnisme… « Ces gaz toxiques se retrouvent dans le lait maternel des femmes de nos pays industrialisés à un taux cent fois supérieur à la norme OMS (Organisation Mondiale de la Santé)… Ce qui veut dire que le lait maternel serait passible d’interdiction s’il était en vente en pharmacie !  », raconte le « bordillologue » Jean Reynaud, contacté par CQFD [1] La combustion produit aussi des résidus comme les mâchefers et les cendres toxiques, qu’il faut bien entreposer quelque part. On doit alors ouvrir des décharges destinées à ces substances toxiques, qu’il est très difficile d’analyser car elles sont issues de combinaisons aléatoires d’éléments de plus en plus variés. Même du point de vue économique, l’incinération est un non-sens. Elle coûte environ deux fois plus cher que les autres techniques de traitement des ordures (à Marseille, la tonne serait facturée 71 euros). En polluant, elle provoque des dépenses de santé. Et elle ne supprime pas les décharges. L’incinération se révèle donc une solution expéditive, qui « permet aux élus de transférer leur problème à des sociétés privées, à un coût élevé, en réduisant les possibilités de recyclage et avec des pollutions, notamment atmosphériques, qui peuvent être évitées  », insiste Jean Reynaud.

C’est clair, le tri est une solution préférable à l’incinération. Mais pas une panacée (voir CQFD n°30). Là aussi, la tendance actuelle de délégation de service public (DSP) au privé incorpore inévitablement la notion de rentabilité. Des économies pourraient être réalisées, mais la concentration du processus rend complexe la gestion des installations, favorisant ainsi les fraudes et les dysfonctionnements. Le résultat du tri est dispersé dans des infrastructures spécialisées, souvent éloignées les unes des autres. Les trajets sont multipliés, engendrant encore plus de pollution atmosphérique. Ces grands centres de tri cherchant le profit, ils font appel d’air. Plus de poubelles, plus de bénéfs. Et on n’élimine toujours pas les décharges, puisqu’on y envoie encore 30 à 50% des déchets.

La troisième option ? « C’est la réduction à la source, se tue à répéter René Raimondi. 50 % de ce qui constitue nos poubelles sont des emballages. Il faut réduire ces ordures pour que cela nous coûte moins cher  ». Le scientifique va plus loin : « Il est indispensable que l’usager prenne conscience que la taille de la poubelle est proportionnelle au gaspillage : si la durée d’utilisation des produits est très inférieure à leur durée de vie, alors les déchets augmentent  ». C’est aussi simple qu’implacable. Seulement voilà, c’est bon pour la croissance. Et pour l’emploi. D’après Jean Reynaud, « la solution est dans l’action quotidienne du citoyen » et surtout « du domaine de l’État  ». Récemment, une loi imposant la réduction des emballages a d’ailleurs failli passer. Mais le Sénat a soustrait du texte final la référence aux emballages. Les industriels ont encore gagné. Pour que l’État se mette à jouer l’intérêt du citoyen et de l’environnement contre celui des grosses boîtes qui produisent, polluent et se font ensuite payer pour réparer les dégâts…, il faudra attendre encore un peu.

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.

Lire également COMMENT RECYCLER CES ORDURES ? et ANTHOLOGIE SANS LENDEMAIN parus dans le même numéro.


[1] Jean Reynaud, docteur d’université spécialiste des déchets. Pour en savoir plus : www.cniid.org et www.france-incineration.org.





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