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CQFD N°032


MA CABANE PAS AU CANADA

RÉSIDENCE SECONDAIRE SANS DROIT NI TITRE

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Gilles Lucas.

Une maison vide dans un coin de campagne. Et voilà le hameau qui voit sa solitude entamée, des citadins en manque d’espace et de chlorophylle qui accèdent aux plaisirs dominicaux du bon air et un propriétaire assuré de l’entretien de son bien laissé à l’abandon.

Sous une pierre, devant la porte de cette bâtisse franc-comtoise, une clé. Les visiteurs ouvrent la porte. Tout est en ordre. Les meubles sont en place, les lits sont faits, la bibliothèque est de bon goût, les appareils ménagers prêts à servir. Si ce n’était la couche de poussière mêlée aux déjections de mulots, on pourrait penser que les propriétaires vont apparaître d’un instant à l’autre. La visite terminée, ils reposent la clé à sa place. Ils sont deux, Maud et Hugues, à avoir quitté le matin même le centre de Lyon. Et au gré de leurs promenades champêtres, ils ont découvert cette maison désertée. Passent une dizaine de jours. De retour dans ce hameau, ils constatent que la clé n’a pas bougé. Des voisins s’approchent : « Vous êtes des amis de Gilbert ? Enfin, un peu de monde ! Ça fait plusieurs mois que nous n’avons pas de nouvelles de lui. En tout cas, nous vous souhaitons la bienvenue. »

Cette fois, Maud et Hugues sont venus en compagnie d’amis. Ils entrent dans la maison et décident de se préparer une boisson chaude. Les voisins reviennent : « Nous sommes vraiment ravis que vous soyez là. Si vous pouviez tailler cette haie qui nous gâche la vue ! Et aussi un petit coup sur la pelouse, ça ferait pas de mal, avec toutes les mauvaises herbes que ça nous amène. » Sur le chemin du retour, les conversations vont bon train. « Pourquoi n’aurions-nous pas nous aussi une résidence secondaire ? » Équipée de matériel de ménage, la petite bande revient la semaine suivante. On ouvre les fenêtres, on balaie, on lave literie et vaisselle, et l’on convient d’y passer la nuit. Au matin, alors que la maisonnée s’éveille, des coups retentissent contre la porte. Inquiétude. Maud décide d’aller ouvrir, échafaudant les arguments pour répondre à une visite qu’elle pressent gendarmesque. Mais ce sont les voisins qui sont là, sur le seuil. Ils leur apportent du pain frais tout en jetant par-dessus les épaules, benoîtement, un coup d’oeil investigateur sur l’intérieur de la maison.

Rangement et ménage reprennent de plus belle. Justine, une amie de Maud, proclame : « Si Gilbert arrive, on lui dit simplement voilà, tout est propre. Tu peux t’installer avec nous. Pour nous, il n’y a aucun problème. Si tu n’es pas d’accord, tu peux partir. » Dans le tiroir d’une commode, Hugues trouve des informations sur les habitants officiels de la maison. Il s’agit maintenant de s’organiser contre les menaces qui pèsent sur leur présence : la loi pourrait se pencher sur cette petite entorse à la propriété privée. Préventivement, quelques documents sont élaborés, afin de satisfaire une éventuelle malveillance administrative. La belle saison venant, la maison ne désemplit pas : la plus grande pièce s’organise en dortoir, le jardin retrouve un visage, et la clé est remise chaque fois à sa place, sous la pierre. C’est Gilbert qui serait content de savoir que, malgré son absence, ce lieu est redevenu aussi vivant et attractif. Puisque de toute façon telle était sa destination.

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.






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