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CQFD N°032


TOUT DOIT DISPARAÎTRE

LA GUERRE DES ANIMAUX

Mis à jour le :15 mars 2006. Auteur : Arthur.


LE GAUCHO DÉCIME les abeilles, le mercure empoisonne les morues, les pêcheurs mutilent les dauphins, les chaluts capturent les marsouins, les Chinois mangent les chiens, les Japonais harponnent les baleines, les Norvégiens saignent les phoques, les Espagnols achèvent les taureaux et les Américains, avec leurs marées noires en Alaska, se chargent des derniers caribous pendant que le réchauffement de la planète condamne les ours à venir piocher dans les poubelles urbaines du Canada et du Groënland. La guerre des espèces animales ignore les frontières écologiques.

Par bonheur,le prédateur suprême - homo sapiens - doit affronter une révolte du vivant. Une réunion encore secrète du monde animal a mis en place récemment des mesures de survie efficaces. Les virus, petites bêtes ignobles qui ont la faculté de muter pour s’adapter aux antibiotiques, ont lancé la première offensive, connue sous le vocable de « grippe aviaire ». Les oiseaux migrateurs, vecteurs volontaires, ont accepté, au péril de leur vie, d’emporter les virus cachés sous leurs ailes pour empoisonner les lacs, zones humides et basses-cours des humains. La grippe aviaire, qui mérite le beau nom de « peste », aurait bénéficié des conseils avisés des rats, dont on se souvient qu’ils ont mené une campagne victorieuse au Moyen Âge. Prisonniers depuis longtemps dans les élevages avicoles, les poulets, pintades, faisans et canards ont accepté de prendre le relais en empoisonnant la nourriture humaine, à l’image des vaches folles dont on se souvient qu’elles ont contribué récemment à la lutte en entrant volontairement dans les bûchers sanitaires.

Restait le plus difficile : gagner à cette cause sacrée les animaux domestiques citadins, les plus proches de l’homme. Les chats et les pigeons se sont dévoués. Un matou germanique a donné le signal de départ en bouffant un cygne grippé dans une île nordique. La réplique des hommes fut immédiate : « confiner » tous les chats européens. Une bonne dame du Loiret a dénoncé son voisin qui laissait ses trois poules en liberté dans son jardin. Un banlieusard a demandé à sa mairie s’il devait déclarer ses deux poules, avouant ainsi un coupable concubinage. La SPA a noté une recrudescence d’abandons de chats. Il est temps de fermer le cimetière du père Lachaise où prolifèrent les chats sauvages, toutes griffes dehors, prêts à mordre les Parisiens. Les mairies des grandes villes ont interdit de nourrir les pigeons qui, avec leur QI de pintade, sont quand même assez intelligents pour fienter sur les rebords des fenêtres, là où le citadin peut choper le virus mortel.

Cette contre-attaque du monde animal n’est pas terminée : restent les moineaux, les piafs, qui ont diminué de 90 % en Europe du Nord, empoisonnés par les céréales chimiques. On attend des survivants un suicide total héroïque : ne sont-ils pas les mieux placés avec leur petite taille pour entrer en douce dans les élevages de poulets avec des virus sur les pattes ? L’offensive finale sera menée par les clebs qui s’entendent comme chien et chat avec les matous : il leur suffira de boulotter leur ennemi héréditaire pour venir ensuite lécher la main de leur maître et le condamner à mort. Tel Napoléon à Waterloo qui, attendant Grouchy, a vu arriver Blücher, l’homo sapiens qui guette le canard pervers migrateur n’a pas vu où se trouvait le péril suprême : c’est le moustique. Le Chik, disent les Réunionnais. Pour l’heure, cet insecte vibrionnant se contente de causer des dégâts minimes, du genre arthrose et migraine. Mais avec le concours des virus migrants, il est prêt, par millions, à s’adapter aux changements climatiques et à venir piquer les humains jusqu’au nord de la Loire. On se demande toujours ce qui a causé l’extinction des dinosaures : météorite ou éruption volcanique. Mais on sait déjà pourquoi l’homo dit « sapiens » va disparaître : il sera remplacé par les insectes, l’espèce la plus répandue sur Terre et la plus vicieuse car quasi invisible à l’oeil nu humain. Avec son cerveau minuscule, l’insecte s’adapte à tous les insecticides et pesticides et va trouver dans nos champs de maïs, colza ou soja une nourriture abondante. À la guerre, quand l’intendance suit, tout va bien.

Finalement, à l’échelle géologique, l’homme ne laissera pas un grand souvenir : l’épaisseur d’une feuille de cigarette en haut de la Tour Montparnasse.

Article publié dans le n° 32 de CQFD, mars 2006.






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