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CQFD N°009


La critique de l’humanitaire pas toujours bien vue chez les humanitaires

La réponse de CQFD au droit de réponse de la Croix-Rouge

Mis à jour le :15 février 2004. Auteur : La Rédaction.


Marc Gentilini a raison : soigner les pauvres coûte cher. C’est d’ailleurs ce qui motive les donateurs à verser de l’argent à la Croix-Rouge française (350 millions de francs en 2000, selon les chiffres officiels les plus récents) : pour qu’elle puisse continuer à aider les gens qui en ont besoin, notamment les patients démunis de Bagnolet. Le « déséquilibre financier » invoqué par Gentilini est une donnée structurelle inhérente à toute entreprise humanitaire. Quand Henri Dunant, le fondateur suisse de la Croix-Rouge, arpentait les champs de bataille pour soigner les blessés, sans doute courait-il le risque, lui aussi, de déséquilibrer « de manière grave » ses finances. Le déficit mentionné par le président de la CRF suffit-il à justifier la fermeture du centre de Bagnolet ? Le personnel et les médecins pensaient que non. C’est d’ailleurs ce que leur reproche Marc Gentilini. Le délit d’opinion dont il accuse le docteur Bénédicte Picketty tient à un courrier que celle-ci lui avait adressé en octobre 2002, co-signé par un représentant du comité de défense des usagers. Dans cette lettre, Bénédicte Picketty affirmait que le personnel était parfaitement conscient des problèmes de gestion du centre : « Les praticiens, écrivait-elle, ont même apporté leur aide bénévole par des propositions constructives et des démarches auprès des partenaires potentiels. Ils avaient espoir d’être entendus par vous et, simultanément, de contribuer à rétablir une gestion équilibrée. Ils ont démontré l’inutilité de certaines dépenses, préconisé une organisation moins coûteuse avec des activités nouvelles, et élaboré un plan de redressement. Vous avez dédaigné toutes ces suggestions. » Plus loin, elle accuse : « vous avez licencié l’infirmière qui a commis l’affront de vous montrer le poids que représentait, dans le déficit, le salaire d’un directeur toujours absent. » En réponse à son courrier, le docteur Picketty sera virée à son tour. De même que le docteur Sacuto, coupable de s’être opposé lui aussi à la fermeture du centre. A la Croix-Rouge, critiquer le président est au moins aussi répréhensible que de déséquilibrer les finances.

« Ce centre était un poumon pour les habitants »

Il est vrai que la « campagne » menée contre « l’image de l’institution » a mobilisé un nombre impressionnant de comploteurs. Au moins une vingtaine de médecins de différents hôpitaux ont protesté par écrit auprès du président de la Croix-Rouge française. Comme Antoine Bourrillon, chef du service de pédiatrie générale à l’hôpital Robert-Debré, qui écrivait le 25 juin 2002 à Marc Gentilini : « Je me permets de vous transmettre toute mon inquiétude vis-à-vis des conséquences de la fermeture de ce centre, qui contribue à prendre en charge des enfants et leur famille atteints de pathologies lourdes et souvent dans un contexte social extrêmement démuni. Nous ne sommes malheureusement plus capables de faire face à l’excès de demandes de consultations venant de ces enfants et de ces familles en difficulté et toute réduction des capacités de soins en amont de notre hôpital m’apparaît grave. » De son côté, l’Union syndicale des médecins de centres de santé faisait connaître son « émotion » et sa volonté de se « mobiliser pour empêcher la fermeture de cette structure qui rend des services inestimables à la population environnante » (lettre du 11 juin 2002).

Dans son droit de réponse, Marc Gentilini évoque d’ailleurs assez peu le sort de cette population, sinon pour reprocher à Aïcha de lui avoir manqué de courtoisie. Les pauvres sont si coléreux ! On se demande pourquoi : « le quartier des Coutures, explique un membre du collectif des habitants, est un quartier “oublié” de Bagnolet, excentré, où vit une population majoritairement en situation précaire. Ce centre était un poumon pour tous les habitants, des enfants aux vieillards, souvent atteints par des pathologies graves. Or il avait été démontré que le centre municipal de santé, éloigné et surchargé, ne pouvait pas convenir comme solution de rechange. » On se demande quand même pourquoi les arguments comptables n’ont pas suffi à les convaincre : après tout, question « déséquilibres financiers », les habitants des Coutures sont des spécialistes.

La rédaction de CQFD

Publié dans CQFD n°9, février 2004.






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