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du N°033
DES RÉVOLUTIONS SOUTERRAINES

Décidément !... Coïncidant presque jour pour jour avec la fin prévue des trois mois d’état d’urgence décrétés cet hiver pour conjurer la flambée des banlieues, voilà que la jeunesse pète de nouveau à la gueule du gouvernement. D’une colère incontrôlée comme le fut l’incendie de novembre, on est passé aujourd’hui à un autre séisme social. En apparence balisé d’un côté par l’ennui désespérant des cortèges syndicaux et de l’autre par le (...)

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FAUX-AMIS

BRUNO JULLIARD

Bruno Julliard finira-t-il sénateur de Haute-Loire, conseiller de Ségolène ou directeur marketing des Inrockuptibles ? Dans les AG, les paris étaient ouverts. À Marseille, on le jouait gagnant à trois contre un pour un mandat d’administrateur à Kiloutou, mais la cote peut encore évoluer. Attention cependant : pas de procès d’intention ! Ce n’est pas parce qu’en France le rôle de porte-parole étudiant est le marchepied le plus sûr pour un fauteuil d’élu ou de bouffon du prince que le président de l’Unef va forcément s’engorger dans un double menton de notable socialo. Ce n’est pas parce qu’il a été membre des « jeunesses socialistes » et qu’il fréquente Hollande et Emmanuelli (comme il l’admet dans Le Figaro du 7 mars), ni parce qu’il a une tête de gendre au poil et qu’il cause déjà la langue de bois verni à la cire d’abeille qu’il faut prédire un avenir sordide à ce pauvre garçon. Si ? (...)
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LES FILLES AVEC NOUS
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Vendredi 31 mars. « Quand Chirac a parlé, tout ce qu’on a compris c’est qu’il maintenait le CPE. Puisqu’il nous balade, on en a profité pour en faire une, de balade, et toute la nuit ! », raconte Louise, étudiante à Jussieu, avec la banane jusqu’aux oreilles. Une joyeuse cohorte de 5 000 à 8 000 insomniaques s’ébroue sur les boulevards parisiens. Les orgas militantes plient les drapeaux à Opéra. Pas rancuniers, les promeneurs continuent jusqu’à l’Assemblée nationale, sur laquelle certains pissent avec soulagement. « Médias partout, info nulle part », crie-t-on en voyant les caméras rappliquer. Retour vers la symbolique place de la Sorbonne. « Là, j’ai cru qu’on allait encore être noyé sous les lacrymos pendant des heures, mais non, on a juste jeté quelques trucs sur les keufs derrière la palissade et, hop, on est reparti », confie Igor, chômeur du XXe. Sur le parcours, quelques vitrines scrupuleusement ciblées pour leur rapport avec la précarité (banques, agences immobilères, interim) volent en éclats. La bande privilégie la mobilité, grossit, rétrécit vers Barbès et enfle à Pigalle. Les filles des bars à hôtesses sortent pour regarder cette étrange procession : « Travailleuses précaires avec nous ! » Deux entraîneuses brandissent un poing serré. « C’est vrai qu’il n’y a pas grand monde qui pense à elles », dit Louise. Pourtant, ce sont elles qui ont inventé un des plus beaux slogans de ce printemps : « Plus de caresses, moins de CRS ! » Face au Sacré-cœur, les manifestants ne sont toujours pas fatigués. « 1871-2006, la Commune n’est pas morte », écrit-on sur le momunent érigé pour « expier la faute » des partageux. L’arrogant édifice reste debout, pour cette fois. Il est 4 heures du matin, la manif sauvage a parcouru plus de 25 km dans Paris. Quelques centaines d’irréductibles déménagent la permanence du député UMP du IX e. « Tout ce qui n’a pas été volé a été détruit », soupire Pierre Lellouche au petit matin. « Intolérable », compatit Bertrand Delanoë, dont les fameuses Nuits blanches sont bien plus ennuyeuses que celle que vient de vivre notre équipée de veinards. Depuis, les charivaris semblaient se multiplier.

Publié dans le supplément « Spécial mouvement dit anti-CPE » du n°33 de CQFD, avril 2006.

 
Trop fort Si on a bien tout compris, le CPE devrait donc être remplacé par « un dispositif en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes en difficulté ». Voilà une idée qu’elle est bonne ! Question insertion des jeunes en diffi-machin, c’est vrai qu’il n’y avait pas grand-chose jusqu’ici : un contrat de qualification pour les 16-25 ans, un contrat d’adaptation pour les moins de 26 ans, un contrat d’apprentissage pour les 16-21 ans, un « contrat d’insertion dans la vie sociale » pour les jeunes de 16-25 ans, une aide à l’embauche des jeunes diplômés de 18 à 30 ans, l’apprentissage dès 14 ans, sans compter la joyeuse troupe des stages bidon et des emplois au rabais (RMA, CAE, contrats d’avenir...)... Crise de régime ? Au contraire : imagination au pouvoir ! Soviet poulaga C’est devenu banal : chaque fois que la police commet une bavure ou provoque l’indignation des gens, les journalistes ne s’adressent plus à sa hiérarchie mais à ses représentants syndicaux. Alliance, Synergie et autre Unsa-Police se sont dotés depuis peu de porte-paroles télégéniques : jeunes, bronzés et dépourvus de la caractéristique élocution pâteuse que provoque l’abus de pastis. Que ce soit dans le cas de l’agression d’une célèbre athlète afro-française ou de la mortelle bastonnade d’un manifestant, nos braves syndicalistes se chargent de justifier les défoulements de la maison (...)
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