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L’équipe de CQFD


du N°068
COMMUNICATION ET RÉGULATION SOCIALES DANS LES QUARTIERS DE SÃO PAULO

Depuis Thomas Hobbes, nous savons que l’État nous a extirpés de « la guerre de tous contre tous »... Hors lui, point de salut. Les médias ne nous rappellent-ils pas régulièrement que, dans les territoires abandonnés par la République, règnent la barbarie et le non-droit ? En 2006, à São Paulo (Brésil), les commissariats ont été attaqués à l’arme de guerre. Une sombre organisation criminelle dénommée Premier Commando de la capitale (PCC), créée dans une prison en 1993, déclarait (...)

U’EST-CE QUE le Premier Commando de la capitale (PCC) ? Daniel Veloso Hirata : Le PCC s’est formé en 1993 : l’État brésilien laissant les prisons quasiment à l’abandon, les prisonniers s’y sont organisés eux-mêmes. Il s’y déroulait des guerres très violentes entre petits groupes des différents quartiers. Dès sa création, le PCC a limité cette violence. Selon moi, à ce moment-là, c’était moins une organisation criminelle qu’une organisation de (...)

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FAUX AMI

MICROCRÉDIT, MACRO-USURIERS

Il est, paraît-il, un secteur qui ne connaît pas la crise. Celui de la microfinance. Aujourd’hui, grâce un prêt minime contracté auprès d’une Institution de microcrédit (IMF),160 millions d’artisans,de paysans peuvent acheter qui une chèvre, qui une barque de pêcheur,qui une machine à coudre et devenir micro-entrepreneur. Difficile d’être hostile à cette pratique qui prétend haut et fort combattre la pauvreté en offrant un accès au crédit et à l’épargne à celles [1] et ceux qui en sont exclus d’ordinaire. Ainsi, Muhamad Yunus, père fondateur du microcrédit et prix Nobel de la Paix 2006, se vante d’avoir aidé sept millions de pauvres dans 78 000 villages du Bangladesh. Sa banque, la GrameenBank (partenaire de Danone) fait du profit mais ce qui importe, dit-il, « c’est que 64% de ceux qui ont été emprunteurs durant au moins cinq ans ont dépassé le seuil de la pauvreté ». Faut voir... Ne dit-on pas que l’enfer capitaliste est (...)
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WORKING CLASS LOACH
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N PENSE VENIR à une projection de film sur la grande grève des mineurs anglais de 1984 et on assiste à un pur métingue de campagne, avec poings levés, lecture du message du leader, places réservées pour les cadres du parti, banderoles, décorum « à peine retouché sur photoshop » et tout le toutim. Au programme, un documentaire réalisé par Ken Loach, intitulé Which side are you on ? [De quel côté es-tu ?] dont le scénariste Paul Laverty, le fidèle acolyte, resitue le contexte : « Ce film a été fait au cœur de la lutte des mineurs, avec les voix des mineurs eux-mêmes [poésies, chansons, etc.]. C’était un film de commande pour une chaîne locale, [mais] qui n’a pas été diffusé à l’époque à cause de son parti pris. Thatcher était déterminée à briser les mineurs, qu’elle appelait “les ennemis de l’intérieur” ». Ken Loach intervient après la projection en rappelant que « la stratégie de Thatcher était de renvoyer le monde ouvrier dans le capitalisme primitif du XIXe siècle. En faire une classe ouvrière vulnérable et donc soumise. Les mineurs étant les mieux organisés, les battre, c’était battre toute la classe ouvrière. Pour cela, ils ont utilisé toute la force de l’État. Les services secrets étaient mobilisés pour discréditer les leaders syndicaux. Des filières d’importation du charbon ont été mises en place dans des ports non syndiqués. La police a été réorganisée au niveau national pour la première fois. Face à cela, les mineurs n’ont pas reçu la solidarité des autres ouvriers ni de la gauche. » Puis un orateur du NPA se lance dans un discours fleuve au détour duquel il explique que la défaite des mineurs fut le résultat d’une alliance entre classe dirigeante et dirigeants syndicaux. Dans la salle fuse alors un « Mort aux dirigeants ! » suffisamment sonore pour provoquer des petits rires, et le militant de répondre, mi-gêné mi-amusé : « On n’ira pas jusque-là. »

À une question de CQFD sur l’actualité de la lutte des classes en Grande-Bretagne, comme les récentes grèves sauvages des travailleurs des raffineries pétrolières, Ken Loach répond : « C’est un point très important. [Ces grèves] sont parties d’un contrat accordé à des sous-traitants italiens qui n’employaient que des intérimaires étrangers. Dans une région de fort chômage, pas besoin d’être très malin pour comprendre que ça allait forcément créer des frictions. Dès lors,une campagne officieuse s’est montée contre cet employeur et l’extrême droite a essayé de détourner cette lutte en une opposition entre ouvriers britanniques et non britanniques. Les leaders de la grève ont réagi très vite en affirmant que le mot d’ordre était contre l’exclusion des travailleurs locaux du contrat d’embauche et non pas contre les travailleurs étrangers. Aujourd’hui, il faut remettre en cause un système qui oblige des travailleurs à quitter leurs familles, à vivre dans des conditions précaires, sur des bateaux en mer, à ne pas travailler aux côtés d’ouvriers d’autres pays. Il faut aussi remettre en question l’Union européenne que nous avons, qui ne favorise pas la solidarité mais sert seulement les intérêts des patrons. » Le militant du NPA apporte un complément en précisant que la représentation raciste de cette grève a été le fait de « beaucoup de manipulations médiatiques, car il y a eu dans la lutte de nombreuses tentatives d’unité avec les [travailleurs étrangers] mais elles ont été empêchées, y compris physiquement. » Une analyse de classe qui s’est apparemment arrêtée aux portes du Nouveau parti, qui avait, à l’époque, rédigé un communiqué pour dénoncer le caractère « xénophobe » de ce mouvement [4].

Un peu plus tard, une étudiante gréviste demande à Ken Loach de revenir sur le traitement médiatique des violences policières pendant la grève de 1984 et le réalisateur en profite pour glisser cette savoureuse anecdote : « Dans une émission de Channel4, un préfet de police invité m’a accusé d’avoir rajouté un son au moment où la matraque d’un policier entre en contact avec la tête d’un mineur. Je lui ai alors demandé de me fournir le vrai bruit que cela pouvait faire et que j’étais prêt à le remplacer dans le film. Cela démontre bien l’arrogance et l’impunité de la police à cette époque-là. »
Ken Loach conclut le meeting sur la nécessité de recourir au go get organized politique et syndical : « Aujourd’hui, les gens en ont marre de la corruption, de l’establishment, et il faut profiter de ce moment sans attendre dix ou quinze ans qu’une nouvelle occasion se présente. Il y a aussi le danger d’une domination par une nouvelle sorte de gourou,mais ce n’est pas une raison pour s’arrêter… » Dans la salle, une dernière question sur l’exemple des mineurs qui parlent d’eux-mêmes et cherchent à s’auto-organiser sans parti politique pour les trahir, est rapidement éludée, faute de temps…

***

À L’ORIGINE DE L’INTERNATIONALE
En novembre 1863, les Trade unions anglaises envoient une adresse aux ouvriers français où [il est question] de la solidarité internationale des travailleurs : « La fraternité des peuples, écrivent les tradeunionistes anglais, est extrêmement nécessaire dans l’intérêt des ouvriers. Car chaque fois que nous essayons d’améliorer notre condition sociale au moyen de la réduction de la journée de travail ou de l’augmentation des salaires, on nous menace toujours de faire venir des Français, des Allemands, des Belges qui travaillent à meilleur compte. Si cela s’est fait parfois, la faute n’en est certes pas aux frères du continent, mais exclusivement à l’absence de liaison systématique entre les classes industrielles des différents pays. Nous espérons que de tels rapports s’établiront bientôt et auront pour résultat d’élever les gages trop bas au niveau de ceux qui sont mieux partagés, d’empêcher les maîtres de nous mettre dans une concurrence qui nous rabaisse à l’état le plus déplorable qui convient à leur misérable avarice. »

Article paru dans CQFD n°68, juin 2009.

 
D’ORDINAIRE, le Bangladesh est plutôt un bon client des médias. Le « pays le plus pauvre du monde », ça se bichonne ! Ses crues diluviennes, ses cyclones, ses pauvres par millions (voir « Faux Ami » de CQFD N°68 en kiosque), son travail des enfants, sa condition des femmes, son islamisme, sa corruption politique aiguë en font un parfait marronnier exotique du « voyez-comme-y-en-aqui- en-chient-pire-ailleurs », qui nous conforte finalement dans l’idée qu’on n’est pas si mal chez nous avec la clim’ et les points S’miles. Pourtant un événement n’a pas eu l’heur de retenir l’attention des rédactions parisiennes [5] : le 10 mai dernier, à Narayanganj, centre portuaire de l’industrie textile – laquelle fournit 3,5 millions d’emplois ouvriers dans environ 4800 usines –, plus de 15 000 travailleurs du textile ont manifesté et bloqué les autoroutes pour réclamer le paiement des impayés et une hausse des salaires. Des heurts eurent lieu avec la police, et cinquante personnes, dont des policiers, furent blessées. Jusque-là rien que du très banal dans le contexte actuel. Pourtant, ce qui aurait pu retenir l’attention de notre presse si sensible à la détresse sociale, c’est que ces ouvriers s’en sont pris à leur outil de travail en allant jusqu’à saccager les machines et brûler certaines fabriques, comme les luddites de naguère. Les syndicats officiels ont immédiatement condamné ces (...)
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